Pêche du bar à la mouche dans le Goyen

Les moucheurs invétérés souffrent parfois de ne pas trouver en mer les conditions favorables à l’exercice de leur art. Le comportement des poissons est en effet bien différent de ceux de nos carnassiers d’eau douce, et l’exercice se trouve encore compliqué par les conditions de mer, le vent, ou encore la difficulté à positionner les poissons. Retrouvez dans cet article des conseils pour la pêche du bar à la mouche dans le Goyen.

La rivière du Goyen constitue de ce point de vue un territoire de chasse exceptionnel : le bar y est abondant et de belle taille, les banquettes rocheuses pentues en bord de rivière en lieu et place des classiques bancs de vases permettent une approche discrète. De plus, une succession de taches de sable et de bouquets de varech constituent autant de places favorables à la tenue d’un beau poisson.

Ici plus encore qu’ailleurs, les lunettes polarisantes vous seront indispensables. Il vous faudra tout d’abord faire la différence entre les bars, espèce cible, et les mulets qui sont légion dans l’estuaire : comptez un bar pour 100 mulets et vous ne serez pas loin de la proportion! Inutile d’espérer séduire ces mulets : alors qu’en pleine mer ils réagissent assez bien à la présentation d’une imitation d’asticot lorsqu’ils verrotent sur les accumulations d’algues en décomposition, ici en estuaire, ils se contentent de nettoyer le fouling de diatomées qui recouvrent algues et rochers, et sont donc absolument réfractaires à toute sollicitation.

Cet exercice difficile consistant à débusquer le poisson visuellement avant de présenter le leurre, vous devrez en outre le réaliser en restant toujours au minimum à 5 ou 6 mètres du bord de l’eau : le poisson est en veille permanente, et à la moindre maladresse, il aura filé avant que vous n’ayez pu passer votre ligne.

Mais à cette stricte condition, vous avez toute les chances de vous faire de grosses impressions : il existe effectivement de nombreux barsets sans réel intérêt, mais audelà de 500g, vous passerez directement à de très gros bars se nourissant à 100% de crabes verts. Entre ces deux extrêmes, bien peu de poissons, en tout cas bien moins que dans les configurations classiques de pleine mer.

La règle absolue est donc de toujours repérer le poisson avant de lancer, et vous serez surpris de rencontrer ces gros poissons de 2 kg et plus dans 15 centimètres d’eau, le ventre posé sur le sable alors que la nageoire dorsale affleure. Il faut déjà avoir l’idée de chercher le poisson dans de telles configurations, mais la raison en est fort simple : si les crabes verts sont abondants dans l’estuaire, ils se cantonnent dans la stricte frange littorale, seule chance pour eux d’échapper aux prédateurs, et remontent donc vers les berges au fur et à mesure de la montante.

Pêche du bar à la mouche dans le Goyen

Pour approcher le poisson dans les meilleures conditions, aborder ces banquettes rocheuses avec deux heures de marée montante et longer les berges dans le sens à remonter la rivière. Restez à distante prudente et repérer le poisson : le bar est plus noir que le mulet, et nettement moins actif, en général positionné dans le sens du courant et souvent un poil plus profond que le mulet. Avancez doucement et gardez à l’idée que vous avez toutes les chances de voir les poissons arriver sur leur zone de nourrissage. Ils se rassemblent alors par 2 ou 3 et signalent leur arrivée par 2 ou 3 « blancs » caractéristiques, résultats de l’exposition fugace de leurs flancs au soleil.

Démarrez avec un assortiment de mouches imitant lanconnets crevettes et poissonnets. L’appat idéal reste cependant l’imitation de crabe vert de la taille d’un ongle, mais c’est un leurre très difficile à trouver dans le commerce, et si la réalisation d’un modèle époxy à partir d’une coquille vide est toujours possible, la mise au point reste très délicate, notamment au niveau du lestage indispensable à un bon positionnement du leurre.

L’équipement classique est un ensemble canne + moulinet avec une canne de 9 pieds pour une puissance 7/8, une soie de 7 à profil décentré (modèle eau salée). Prévoir un bas de ligne dégressif de type queue de rat, pointe de 26/100 en fluorocarbone.

Prévoyez également une paire de wadders ainsi qu’un panier pour la soie : l’environnement plutôt hostile réclame cette précaution si vous voulez préserver votre soie.

Notez que cette technique de pêche à vue s’applique tout à fait au lancer léger, variante tout à fait intéressante pour les habitués du lancer. On oublie bien sûr les poissons nageurs qui n’ont aucune chance de passer dans les champs de varech, et on s’équipe en leurre souple avec un montage anti-herbes. On oublie également les leurres de 10 cm et plus, et on se rabat sur les plus petits leurres souples du marché: les poissons ciblés sont gros mais les proies locales sont particulièrement petites, le plus souvent gobies de sable de moins de 5 cm.

Le petit truc en plus : pêcher avec le soleil dans le dos vous affranchit de cette contrainte des reflets sur l’eau excessivement pénalisante certains jours. Par voie de conséquence, pour une pêche au petit matin (meilleure période de la journée), on pêchera le côté Plouhinec (rive gauche) et pour une pêche en soirée, on pêchera l’autre rive. Faites votre calcul : pêcher avec 2 heures de montante le matin au lever du soleil, ou 2 heures de montante le soir au coucher du soleil, celà ne représente pas plus de 4 ou 5 jours favorables sur une période de 15 jours.

N’oubliez pas que bien pêcher, c’est avant tout être au bon endroit au bon moment!
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